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L’éducation populaire de 1789 à aujourd’hui : des valeurs à réaffirmer, un sens à défendre.

Au cours de la grande Histoire des sociétés humaines, par-delà les particularismes des époques, des civilisations ou des lieux, il apparaît que le savoir et la culture ont toujours représenté un enjeu de pouvoir absolument déterminant et un moyen de légitimer et maintenir la domination d’une « élite » sur le reste de la population.

On comprend mieux, à la lumière de ce constat, pourquoi la question de la diffusion et de la transmission de ces savoirs, tout comme les modalités de cette dernière, occupe une place de premier plan au sein du débat public, et ce depuis les prémices de notre république et de sa devise : « Liberté, égalité, fraternité ».

En avril 1792, Nicolas de Condorcet, homme politique français et fin orateur représentant des Lumières, remet à l’Assemblée un rapport et un projet de décret portant sur L’Organisation générale de l’instruction publique. On peut notamment y lire : « tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain ces opinions de commandes seraient d’utiles vérités ; le genre humain n’en resterait pas moins partagé entre deux classes : celle des hommes qui raisonnent, et celle des hommes qui croient. Celle des maîtres et celle des esclaves ».

Ce rapport de Condorcet est considéré comme fondateur de « l’éducation populaire » en cela qu’il en pose les valeurs et principes. L’égalité entre les hommes est pour lui une vérité morale et sociale qui appelle de façon urgente une autre politique et d’autres comportements. Il pense que les seuls obstacles au bonheur de l’homme, s’appellent préjugés, intolérance, superstition. Il suffit d’instruire et de développer la raison de chacun pour mettre un terme au malheur public. Pour lui la tolérance est une valeur aussi sacrée que la raison.

 

Si la Révolution française n’a pas abouti à une véritable abolition des clivages sociaux, le pouvoir de la bourgeoisie se substituant à celui de l’aristocratie, ni à la mise en application des idéaux éducatifs de Condorcet, elle a néanmoins permis le brassage et la maturation d’un grand nombre d’idées émancipatrices, dont celles défendues par Condorcet. Elles vont faire leur chemin et se traduire par la progression des idées animant le mouvement de l’éducation populaire.

1968 exprime la critique d’une culture élitiste. En mai 1968, la grande majorité des directeurs de Maisons de la Culture se réunissaient au Théâtre de la Cité de Villeurbanne, alors dirigé par Roger Planchon, pour discuter de leurs espoirs concernant une culture de service public en France. C’est le 25 mai que la réunion des directeurs aboutit à la Déclaration de Villeurbanne autour de trois points essentiels : la formation, la création et l’action culturelle. Cette Déclaration fut signée par trente-trois responsables d’institutions culturelles. La culture n’est pas qu’un simple projet de diffusion culturelle, affirment-ils, elle doit avant tout s’adresser au « non-public », c’est-à-dire dire toute cette frange de la population qui ne se rend pas dans les lieux culturels.

 « C’est pourquoi tout effort culturel ne pourra plus que nous apparaître vain aussi longtemps qu’il ne se proposera pas expressément d’être une entreprise de politisation : c’est-à-dire d’inventer sans relâche, à l’intention de ce non-public, des occasions de se politiser, de se choisir librement, par-delà le sentiment d’impuissance et d’absurdité que ne cesse de susciter en lui un système social où les hommes ne sont jamais en mesure d’inventer ensemble leur propre humanité ».

Aujourd’hui encore, 50 ans après cette déclaration reste un document fondateur de la réflexion sur l’accès à la culture. Nous voulions à notre tour et à notre niveau réaffirmer et partager avec vous les valeurs humanistes de l’éducation populaire qui animent le Laü et donnent sens à ses actions, à travers le partage et la rencontre qui lient entre eux tous ceux qui ont le plaisir de s’y investir.

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