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AMNESTY INTERNATIONAL : « la rage de vaincre » des guerriers de la plume

Crée en 1961 et présente depuis plus de 30 ans au Laü, avec qui elle partage les valeurs humanistes, l’association Amnesty International lutte avec acharnement et sans concession aucune sur tous les fronts pour la sauvegarde et la reconnaissance des droits et de la dignité des hommes et femmes du monde entier. Discriminations de toutes sortes, exactions, attaques contre la liberté d’expression, torture, peine de mort, sorts des migrants ou réfugiés politiques, qu’ils soient médiatisés ou ignorés du plus grand nombre, récents ou vieux de dizaines d’années, il n’y a pas de « petits combats » pour cette association qui rassemble aujourd’hui près de 7 millions de militants issus de 70 pays.

Leur arme ? Les mots et la plume. Leur bouclier ? L’information et l’opinion publique, un projecteur que l’association braque sur l’injustice, et un phare dont la lumière protège ceux qui en sont victimes. Combat après combat, victoire après victoire, Amnesty International s’est forgé une aura et une reconnaissance politique déterminantes dans sa lutte, dont elle use pour faire pression sur les pouvoirs publics ou privés (gouvernements, institution, entreprises etc…) se retrouvant dans son collimateur. Une arme redoutable, à même d’ébranler les plus dures et inflexibles des dictatures pour lesquelles Amnesty représente une véritable épine dans le pied.

Marilou Caeilles, secrétaire responsable de l’antenne Pau Béarn depuis une dizaine d’années nous raconte son parcours au sein de l’association et nous présente les actions menées par les bénévoles palois depuis 1976, date de création de l’antenne béarnaise. Si ces dernières prennent différentes formes, elles ont en commun d’ériger en valeur suprême la dignité et les droits humains, tels qu’énoncés dans la déclaration de 1948. Et dans ce domaine, « l’important n’est pas de participer mais de gagner » comme on peut le lire sur le site internet de l’association, car non seulement ces droits représentent le plus précieux des legs que l’humanité a offert à ses hommes et femmes, mais ils ne sont jamais acquis pour toujours. Et attaquer un seul de ces droits quelque part dans le monde, c’est attaquer tout le principe de leur inaliénabilité, ou ainsi que le scandait Martin Luther King : «La moindre injustice, où qu’elle soit commise, menace  l’édifice tout entier.»

 

En 1961, deux étudiants portugais sont condamnés à 7 ans de prison pour avoir porté un toast à la liberté, en pleine dictature Salazar. Au milieu du silence, de l’indifférence ou de la résignation s’élève alors une voix, un cri d’indignation face au verdict inique : dans une tribune intitulée « les prisonniers oubliés », l’avocat britannique Peter Benenson présente le cas de 6 personnes emprisonnées pour « dissidence » et lance un appel à l’amnistie au sein duquel résonne l’histoire… L’Histoire de celles et ceux qui, souvent anonymement, se sont battus et trop souvent sont morts pour que soient reconnus ou défendus les droits inaliénables des hommes et femmes à la justice et à la dignité. Cet appel reçoit un succès inespéré : repris dans les journaux du monde entier l’écho international se transforme en pression politique, face à laquelle même la plus sourde des dictatures ne peut que céder. Amnesty International est née en remportant son premier combat mais surtout en prouvant la force des mots, dès lors qu’ils sont repris en chœur par des centaines de voix : le stylo briseur de barbelés devient le symbole emblématique de l’association et envoie un message au monde et aux ennemis de la liberté, la justice et la dignité : « nous regardons, nous rapportons et nous n’oublions… jamais ! ».

« Ce principe fondateur, symbolisé par la fameuse bougie d’Amnesty International nourrit l’ensemble de nos actions, explique Marilou Caeilles. J’ai rejoint l’association alors que j’étais étudiante en médecine. J’ai commencé mon militantisme avec les « actions urgentes ». Ce sont des dossiers où les personnes sont menacées d’un danger imminent, souvent de mort. L’idée est alors d’au moins temporiser la sentence. On écrit des lettres pour dénoncer mais surtout montrer que nous observons et rapportons ce que l’on voit. On exerce ainsi une pression qui peut retarder les sentences et maintenir en vie ceux dont la vie est menacée ». Le point commun des dictatures est en effet de commettre leurs exactions à l’abri des regards. Le but est de faire sombrer dans l’oubli les noms de ceux dont ils veulent se débarrasser et ce genre de publicité est très mauvais pour leur image internationale.   

Observer, vérifier et rapporter l’injustice

« Nous ne sommes pas des militants de terrain, précise Marilou, c’est toujours avec le stylo que nous œuvrons, par courrier la plupart du temps même si nos actions prennent différente formes. Lorsqu’un cas d’injustice est dénoncé, Amnesty envoie des observateurs et enquêteurs pour vérifier l’information et rassembler des preuves. Une fois l’information vérifiée et avérée, nous prenons le relais et commençons notre travail d’écriture et de rapport. Des lettres que nous envoyons en nombre et régulièrement, dans lesquelles nous posons les questions gênantes, sur la nature des chefs d’accusation d’un prisonnier par exemple. De par le poids d’Amnesty sur la scène internationale, ces actions représentent de véritables entrave à l’injustice qui, a minima, permettent aux victimes de rester en vie et dans le meilleur des cas, leur offrent une porte de sortie.

En ce moment et depuis plusieurs années, nous suivons le dossier d’Aser Mohammed, un Égyptien arrêté en janvier 2016 alors qu’il avait 14 ans. Alors soumis à une disparition forcée pendant 34 jours, l’adolescent a été torturé jusqu’à lui faire avouer des infractions qu’il n’avait pas commises, dont la participation à des attentats. Les chefs d’accusation reposent aujourd’hui sur ces « aveux » arrachés par la torture. S’il est déclaré coupable, il encourt jusqu’à 15 ans de prison. Nous envoyons donc des lettres au gouvernement égyptien et essayons de faire pression pour qu’il ait accès à un avocat, à des soins médicaux et qu’il puisse voir sa famille… En tant  que mineur, sa détention est illégale au regard des normes internationales ».

Mais il ne faut pas croire que seuls les gouvernements où la démocratie est, entièrement ou partiellement absente, sont la cible d’Amnesty. Les rapports sur la France, l’Espagne ou les USA (ce sont des exemples parmi d’autres) sont nombreux et couvrent un large panel de domaines différents, allant des discriminations aux conditions carcérales par exemple, en passant par le sort de réfugiés, au sujet desquels Marilou nous rappelle la loi française, héritée de principes humanistes dont l’opinion semble oublier la teneur ces derniers temps : la France a l’obligation de ne pas renvoyer une personne vers un pays où sa vie sera en danger. Malgré cela, Amnesty lançait récemment une pétition pour défendre le sort de deux réfugiés afghans, menacés de renvoi dans ce pays où les dangers de mort sont omniprésents. « Nous avons interpelé Emmanuel Macron sur le sujet, et attendons toujours la réponse… ».

 

Un groupe d’envergure pour des actions variées

 

« 380 groupes d’Amnesty International exercent en France, dont le siège reste à Londres, ville où l’association fut fondée. Chacun d’eux gère des dossiers différents mais se regroupent aussi avec d’autres pour des actions concertées sur des dossiers précis, comme celui d’Aser Mohammed par exemple, explique Marilou.  A Pau, plusieurs actions sont menées de concert. Nous organisons chaque mois des tables de signatures aux halles, où nous interpellons et sensibilisons les gens aux causes que nous défendons, dans l’espoir de récolter des signatures pour des pétitions, voire des engagements au sein d’Amnesty ou des dons. Il faut savoir qu’Amnesty ne vit que des dons de particuliers et refuse toute subvention privée ou publique, c’est la seule façon de garantir son indépendance et donc sa capacité à enquêter sur tous les gouvernements ou entreprises du monde. Ce qui ne veut pas dire que nous refusons toute collaboration ! Par exemple, avec la SNCF, nous avons célébré les 70 ans de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen avec de larges banderoles qui  décoraient la gare de Pau. L’occasion pour nous d’interpeler les voyageurs en leur présentant Amnesty. Dans le même esprit, la ville de Pau  et notamment l’adjoint au Maire Jean Lacoste, s’est très récemment associé à nous lors d’un rassemblement pour sensibiliser les gens sur un sujet qui nous tient à cœur, en se déclarant «Pau, ville contre la peine de mort » à l’occasion de la célébration de l’anniversaire de la première abolition sur notre planète en 1786 au Duché de Toscane. 

Nous intervenons également en milieu scolaire (primaire collège et lycée) où nous délivrons des séances pédagogiques d’éducation aux droits humains par exemple. Au-delà de l’explication des principes, nous parlons des discriminations, qu’elles concernent l’orientation sexuelle de chacun, l’origine sociale ou culturelle ou la religion. Et je peux vous dire que ce n’est pas du luxe tant il apparaît nécessaire de travailler sur ces problématiques avec ces publics.

Nous nous associons aussi à l’occasion à d’autres associations, comme Isard COS ou la Cimade pour défendre les droits des réfugiés en France. Cela permet de renforcer nos actions concertées. Enfin nous organisons aussi des soirées de rencontres, au Laü la plupart du temps pour présenter notre association aux curieux et susciter des échanges entre nos adhérents. C’est l’occasion de venir nous rencontrer, d’échanger et de découvrir nos actions et pourquoi pas rejoindre la grande famille (internationale !) d’Amnesty. Avis aux curieux et défenseurs des droits humains, pour qu’encore demain, ces principes fondateurs de nos démocraties irradient la terre et inspirent les peuples ! »

 

Retrouvez Amnesty International pau béarn sur leur facebook:

https://www.facebook.com/amnesty.pau/

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