Actualités

Agenda

À LA UNE

Encadrement et cartonnage : Entre atelier « DIY » et collectif d’apprentissage, l’Éducation Populaire is not dead !

L’encadrement est un art dont les ficelles remontent au XVIIème siècle – en France tout du moins – qui consiste à embellir voire compléter une œuvre en lui fabricant un support qui traduit le regard qu’on lui porte, les sentiments qu’elle nous évoque ou l’affect qu’elle nous renvoie. Arrivée comme simple adhérente au sein de l’activité en 1995, Françoise Terras s’est très vite retrouvée bénévole au sein de cet « atelier » ainsi qu’elle aime à l’appeler, dont elle est aujourd’hui responsable.

Bien que les techniques d’encadrement n’aient aucun secret pour elle (elle en a d’ailleurs créé de nouvelles !), et qu’elle fut enseignante de musique et dessin au sein des collèges, Françoise ne se voit pas comme une professeur mais plutôt comme une animatrice au sein d’un véritable collectif soudé où l’apprentissage est avant tout une affaire de groupe, où chacun apprend des autres et où l’on décide ensemble des prochains thèmes ou techniques à découvrir et étudier.

Et au-delà de cet apprentissage qui fait la part belle à la créativité – les fantaisies de chacun enrichissant celles des autres – c’est aussi une porte sur le plaisir de l’autre, du vivre et du faire ensemble qu’ouvre cet atelier, donnant ainsi à voir, en pratique, les valeurs et principes d’éducation populaire qui animent le projet associatif du Laü. C’est le sourire aux lèvres, animée d’une bonhomie et d’une modestie aussi naturelles que contagieuses que Françoise nous parle du « plaisir de créer », la première des raisons qui la conduisit à rejoindre l’activité et le Laü.

Un collectif d’apprenants : quand les professeurs sont aussi les élèves
 

Elle venait tout juste de poser le pied à Pau et en France après avoir enseigné la musique et le dessin en Tunisie et Nouvelle Calédonie qu’elle courrait s’inscrire à l’activité « encadrements » au sein du Laü. Artiste peintre à ses heures perdues,  Françoise Terras avait alors besoin de cadres pour orner les 27 tableaux qu’elle projetait d’exposer prochainement. Face au prix de ces supports, très onéreux, elle décida de rejoindre l’activité avec l’idée de les fabriquer elle-même.

« Au bout de 3 mois, on me proposait de devenir bénévole au sein de l’activité, ce que j’acceptais avec plaisir. J’ai toujours été manuelle et adore les loisirs créatifs. D’ailleurs je suis également inscrite en poterie, reliure et, sur un plan plus sportif, le stretching, mais j’en suivrais plus encore si j’en avais le temps s’amuse Françoise ! ». Donner à tout un chacun la possibilité de s’impliquer dans le bénévolat, notamment à travers l’animation d’atelier, à l’image de l’engagement pris par Françoise, c’est aussi l’une des intentions du Laü, fondée sur les valeurs de l’Educ pop qui nous animent et la traduction d’un principe : celui de l’épanouissement du singulier via le pluriel, de l’individu par le groupe.

Un principe que l’on retrouve dans la gestion même de l’atelier encadrement, ainsi que nous l’explique Françoise. A la différence d’un cours classique où le savoir se transmet d’un professeur à ses « élèves » et à l’image d’autres activité du Laü, l’atelier encadrement de Françoise fonctionne comme un collectif, sur un mode d’auto gestion.

DO IT YOURSELF ! Un brin d’anarchie ne fait jamais de mal

« Do it yourself  » (fais le toi-même), scandaient les artistes et penseurs du mouvement Punk à la fin des 70’s, une maxime libertaire et une doctrine anticonsumériste prônant l’autogestion des projets, initiatives, lieu de vivre ensemble ou désignant plus simplement le fait de fabriquer soi-même ce dont on a besoin, dans un esprit d’autonomie et d’indépendance. Loin de s’être noyé dans les méandres du passé, le mouvement « DIY » gagne aujourd’hui bien des consciences au-delà des artistes indépendants, notamment chez les créatifs de tous poils et les amateurs d’artisanat qui retrouvent dans la démarche du DIY la promesse d’une satisfaction personnelle : celle d’être l’auteur de sa création de A à Z. Car au-delà de son aspect économique, pratique voire écologique, c’est aussi une porte ouverte sur le plaisir d’inventer et donner corps à ces idées que promeut cette démarche. Si elle n’y fit pas directement référence lors de notre entretien avec nous, Françoise Terras pourrait pourtant être une représentante du mouvement, comme en témoigne son atelier et ce sur plusieurs aspects : l’accessibilité à l’activité (financière et technique), le mode d’apprentissage (fondé sur le groupe et les échanges) et l’auto gestion des thèmes à étudier (c’est le groupe qui a décidé d’apprendre le cartonnage par lui-même, comme expliqué plus bas).

Alors même qu’elle maîtrise parfaitement son sujet (elle a même inventé une technique – le biseau en hélice- qui fit l’objet d’un article dans un magazine spécialisé), et qu’elle enseigna le dessin et la musique en collège, Françoise refuse l’appellation de professeur et préfère celui d’animatrice pour qualifier son rôle au sein de l’atelier. Prônant avant tout la pédagogie par le collectif, l’apprentissage est fondé sur l’interactivité et les échanges entre les adhérentes. « Je ne prépare pas de cours à proprement parler avec une séquence pédagogique préconçue en amont. Chacun travaille sur un objet qu’il lui est propre lors de nos séances et il n’y a pas d’exercice obligatoire. Lorsqu’on veut travailler sur un thème en particulier, c’est en groupe que cela se décide. Moi, je joue le rôle d’animatrice en ce sens que je vais m’appuyer sur les réalisations d’un adhérent ou au contraire sur un problème qu’il essaye de surmonter pour mobiliser le groupe afin que l’on réfléchisse ensemble à une solution ou que l’on s’attarde sur une opération réussie. Cela permet de mettre le travail de chacun en valeur et soude notre groupe. L’encadrement consiste à mettre en valeur via son support un objet ou une image, mais ce n’est pas forcément un cadre comme on se l’imagine communément. Je dirais même que l’idée est de s’émanciper autant que faire se peut des représentations communes afin de libérer pleinement sa créativité et mettre un peu de soi dans l’œuvre ou l’objet sur lequel on travaille. Le but c’est aussi de se retrouver dans ce que l’on fabrique, de prendre plaisir surtout. Un cadre réussi c’est une pièce que l’on a pris plaisir à confectionner. S’il y a des imperfections, ce n’est pas grave en soi, ce qui compte c’est ce qu’on mit en œuvre, ce qu’on a réalisé. Et c’est un plaisir qui est décuplé dès lors qu’on le partage avec les autres. C’est aussi l’idée que chacun peut animer un atelier qui est importante, que chacun peut apprendre aux autres autant qu’il apprend des autres.  Nous avons toutes des savoir-faire dans lesquelles nous sommes plus à l’aise et mis ensemble, cela fait du groupe non seulement le meilleur des professeurs mais aussi le plus gratifiant et surtout le plus épanouissant à suivre ».

Cette confiance en chacun et dans les autres s’est récemment donnée à voir au sein de l’atelier notamment quand en plus de l’activité « encadrement », le groupe a décidé de lui-même de s’initier au cartonnage. « Ce fut une décision collective, raconte Françoise, on a décidé d’apprendre ensemble cette nouvelle discipline, avec l’idée d’engager un professeur pour une ou deux séances afin de se familiariser avec les bases de cette activité pour ensuite « prendre notre envol ». A la différence de l’encadrement que je maîtrise et avec lequel je me sens à l’aise, je suis loin d’être la plus douée pour le cartonnage. Certaines d’entre nous sont très douées et chacune se distingue dans un savoir-faire acquis, qu’elle peut ainsi restituer aux autres. Non seulement cela marche très bien, mais être actrice de notre propre apprentissage nous implique encore plus et soude un groupe déjà très solidaire. »

Le vivre ensemble se cultive en effet au sein de l’atelier, ou des règles communes, portant sur des questions pratiques ou sur la qualité de vie ont été mises en place. On apporte par exemple un gâteau à tour de rôle chaque semaine, et on partage certains frais pour l’achat du matériel. « En ce qui concerne le matériel nécessaire à l’activité, je fais tout mon possible pour cela reste accessible. On peut arriver les mains vides à l’atelier, il y a beaucoup d’outils que je mets à disposition. Pour ce qui est des matériaux nécessaires aux réalisations, on peut soit arriver avec ce dont on a besoin (le carton n’est pas un matériau onéreux), soit les acheter via l’activité. Je dispose en effet d’une réduction (de 10%) sur ces achats dont je fais profiter les adhérentes et nous faisons des achats groupés dans la mesure du possible. 

Illustrant ce même esprit d’accessibilité, Françoise précise il n’y a qu’un seul et unique cours d’encadrement, où néophytes et confirmés partagent le banc. « Pour être honnête nous ne serions de toute façon pas assez nombreuses pour faire plusieurs cours précise Françoise (qui déplore au passage le fait que les hommes autrefois présents soient désormais inscrits aux abonnés absents de l’activité) mais quand bien même nous le serions, je conserverai ce format de cours unique et pas seulement pour des raisons pédagogiques.

Je tiens avant tout à ce que les personnes qui participent à cet atelier passent un bon moment. Lorsque j’entends « déjà ? » à la fin d’une séance, signe que l’on n’a pas vu le temps passé, alors je suis satisfaite, j’ai réussi mon animation et cela me réjouit profondément. Mais ce plaisir, au risque de se répéter réside profondément dans l’échange, dans le partage. C’est avant tout cette promesse, aussi simple que véritable que fait le monde associatif à ceux qui en poussent la porte. »

Si elles sont relativement peu nombreuses aujourd’hui, les adhérentes de l’atelier d’encadrement et d’encartonnage sont toujours aussi dynamiques, soudées et surtout prêtes à accueillir tous ceux qui seraient intéressés par cet artisanat ou par l’esprit qui règne au sein du groupe. Pour la prochaine saison, le groupe envisage d’étendre ses savoirs en matière d’encartonnage notamment en s’essayant aux lampes en cartons. « Il y a énormément de réalisations possibles en carton précises Françoise, nous les apprendrons ensemble ! ». Avis aux amateurs !

À lire aussi